P10 Je pense déjà à la prochaine année scolaire. Ton entrée à l’école.

 Aimeras-tu ? Tu es intéressée par l’école ; tu voudrais bien y aller comme tes frères. Je t’explique que tu vas y aller dans quelques temps, avec des enfants que tu connais déjà, pour jouer, écouter des histoires, coller, découper, dessiner, danser, faire du vélo, apprendre plein de choses. Tu es partante. Mais c’est une tromperie. Je te dupe. Ce n’est qu’une toute petite partie de la réalité. Je ne te dis pas tout le reste. Tu ne sais pas du tout ce qui t’attend.

 Le piège va se refermer sur toi. En fait, il s’est déjà refermé ; tu iras. Tous les jours. Pendant des années. Avec mal au ventre s’il le faut.

 Certes, il n’est pas question que tu y ailles l’après-midi la première année. Et tu seras une « vieille » de plus de trois ans et demi. Je pense que tu seras armée : sociable, tu parles très bien … tu sauras te faire aimer et réussir ce que tu auras à faire.

 Et puis, plus de ces journées à nous. Finalement, la stabilité, le « durable » auquel j’aspirais à la fin de mon congé de maternité, se termine déjà. Bien qu’il nous reste encore des mois, j’y pense beaucoup.

 Toi à l’école. Moi à l’école. Mais pas la même. Quatre jours par semaine. Non. Me voici déterminée à demander à nouveau un mi-temps, pour un an encore. Les prolongations, le sursis, la der des ders. La transition ; pour deux jours par semaine, le matin toi à l’école et moi travaillant à la maison, l’après-midi à nous. Pour te sentir. Te regarder. T’écouter. Grandir ensemble. Et le plaisir d’aller chercher tes frères à l’école. L’impatience de les retrouver aussi.