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   L'exposition consacrée à Guillaume Apollinaire au Musée de l'Orangerie laisse un peu de côté le poète pour se concentrer sur le critique d'art, témoin de son temps, ami de nombreux artistes, aux goûts éclectiques et au croisement de plusieurs esthétiques. Le mérite principal de cette exposition est, me semble-t-il, de plonger celui qui la visite dans une époque incroyable de rencontres artistiques multiples. On y croise ainsi De Chirico, Derain, Matisse, Picasso, Sonia Delaunay, Chagall, Gris... 

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   J'aurais néanmoins beaucoup de mal à tenir un discours très développé sur l'exposition. La perspective historique saisie n'étant pas très importante (1902-1918), du fait de la mort précoce du poète, l'approche choisie est plus thématique que chronologique. 

    Très tôt, Apollinaire fréquente les musées étrangers (Rhénanie, Berlin, Prague) et les Salons, ce qui lui permet de rencontrer de nombreux artistes, de les évoquer dans des revues. En retour, plusieurs artistes proposent de lui des portraits, l'un des plus connus étant celui choisi pour constituer l'affiche de l'exposition. Elle acquit pour les surréalistes une valeur prémonitoire, le cercle blanc sur l'ombre du profil se situant exactement à l'endroit où le poète sera blessé durant la Première Guerre mondiale. Sa compagne Marie Laurencin le représente entouré d'artistes dans la toile Une Réunion à la campagne (1909) dont il existe deux versions :

Marie_Laurencin,_1909,_Réunion_à_la_campagne_(Apollinaire_et_ses_amis),_oil_on_canvas,_130_x_194_cm,_Musée_Picasso,_Paris

 

 

   La troisième salle est particulièrement plaisante : elle présente des photographies et une reproduction en vitrine des intérieurs d'Apollinaire, qui collectionnait aussi bien des affiches de films (Fantomas ou Vampyr en tête), des marionnettes, des statues africaines ou des oeuvres de ses contemporains. Ce bel éclectisme traduit aussi son goût de la dérision, du ludique (comme en témoigne son intérêt pour les arts du cirque, les décors de ballets d'époque). 

   En 1913, il publie un ouvrage dédié au cubisme : Les Peintres cubistes, Méditations esthétiques, où il évoque Picasso, Braque, Picabia, Duchamp, Gris, Gleizes. "En dépit de son vilain nom, ce mouvement est ce qu'il y a de plus élevé aujourd'hui dans les arts plastiques", écrivait-il déjà en 1911. Il signe encore la préface du catalogue de la première exposition consacrée à Braque, soutient les artistes dans la revue qu'il cofonde en 1912, Les Soirées de Paris, échange avec de nombreux galeristes et marchands d'art. Son intérêt s'étant bien entendu au fauvisme ou à l'orphisme. C'est l'occasion de découvrir, dans une très belle quatrième salle, des oeuvres de tous horizons dont voici une très courte sélection.

 

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 Guitare et bouteille de Bass, Picasso, 1913

 

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 Nu descendant l'escalier, Duchamp, première version

 

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Paris par la fenêtre, Chagall, 1913

 

   La salle suivante se consacre à l'amitié datant de 1905, entre Apollinaire et Picasso. Elle se manifeste par de nombreux échanges, envois de lettres ou de cartes dessinées. Picasso réalise notamment pour lui le frontispice d'Alcools, Apollinaire publie un portrait poétique du peintre. S'ils partagent des conceptions esthétiques, ils se rejoignent aussi sur leur goût pour l'érotisme, pour le ludique, comme en témoignent les oeuvres exposées (un tableau reproduit "à la manière de" par Picasso, par exemple).

   La fin de l'exposition se concentre sur l'invention et l'exploration du calligramme par Apollinaire, ainsi que ses intérêts pour les spectacles Parade et Les Mamelles de Tirésias, ou pour le cinéma naissant. Enfin, son amitié avec le galeriste Paul Guillaume, qui le conseille dans ses choix d'artistes terminent l'exposition. C'est en s'inspirant de la revue d'Apollinaire que Guillaume lance la sienne, Les Arts à Paris. En 1917, ils co-signent la publication de l'album Sculptures nègres. Ces deux dernières salles m'ont néanmoins bien moins intéressée que les premières. Je m'arrêterai cependant sur un tableau de Chagall, dont j'ignorais tout, et qui fut peint par celui-ci afin de rendre hommage à Apollinaire, qui l'avait aidé à se faire connaître.

 

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Hommage à Apollinaire, Chagall, 1912-1914

 

  « Vous êtes un homme-époque », écrivait le compositeur Alberto Savinio, frère de Giorgio de Chirico, à Apollinaire en 1916. On ne saurait mieux dire, et c'est précisément dans cette époque que l'exposition parvient à nous plonger avec force lumière et couleurs. Reste néanmoins un goût de trop peu, que je ne sais pas exactement expliquer. Peut-être aurait-il été appréciable d'exposer davantage de textes, d'expliquer comment Apollinaire agit en tant que critique d'art, ce qui forme ses goûts. 

   Afin de prolonger la réflexion, voici les liens vers diverses émissions consacrées à Apollinaire ou à l'exposition elle-même :

http://www.franceculture.fr/evenement/apollinaire-le-regard-du-poete

http://www.franceculture.fr/personne-guillaume-apollinaire.html