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   J'ai découvert avec intérêt et plaisir l'exposition consacrée par le centre Pompidou à Paul Klee, peintre dont je ne connaissais finalement que quelques oeuvres parmi une production d'une grande richesse. Articulée autour de la notion d'ironie romantique, elle permet de saisir une oeuvre qui paraît, sans cela, extrêmement variée. Je cite le dépliant de l'exposition : "Définie à la fin du 18e siècle par le phisolophe allemand Schlegel, l'ironie romantique désigne l'ensemble des procédés de renversement employés par un artiste pour tenter de dépasser sa situation limitée dans un monde fini. Par elle, celui-ci essaie de dire l'indicible, accentuant la dimension artificielle de son oeuvre pour y supprimer l'illusion de réel. Elle devient ainsi pour l'art un moyen de se mettre lui-même en scène, de se donner à voir comme une construction de l'esprit, incapable de représenter objectivement le monde. Situant l'art dans un va-et-vient permanent entre autocréation et autodestruction, l'ironie romantique procède d'un discours autoréflexif sur celui-ci, sur ses propres limites et, au-delà, sur celles de la condition humaine." Il s'agissait effectivement d'une entrée très pertinente dans l'oeuvre de Paul Klee, tant elle joue sur la façon dont Klee s'approprie et déconstruit la représentation du monde et les tendances esthétiques de son époque.

 

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   L'exposition s'ouvre sur le goût de Paul Klee pour la satire, voie qu'il trouve tout d'abord pour s'échapper d'une esthétique classique qu'il sait dépassée. Il écrit ainsi dans son journal : "Je sers la beauté en dessinant ses ennemis (caricature, satire)". Il se livre ainsi à une série de gravures, les Inventions, qui seront présentées lors de l'exposition de la Sécession munichoise en 1906 :

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Phénix vieillissant, "Invention 9", 1905

 

Ou encore ces aquarelles aux influences étonnantes :

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   Paul Klee découvre le cubisme à Munich et lors d'un séjour à Paris. Il va jouer ainsi de la déconstruction des formes, dont il condamne le peu de vitalité estimé, et du travail sur le prisme des couleurs, dans des oeuvres aux inspirations multiples. A l'issue de la Première Guerre mondiale, et après avoir découvert les Dadaïstes, il oriente son travail vers la thématique de l'automate, du mécanique (qui lui sert à dénoncer le déclin de la vie intérieure alors que la rationnalité technique se développe) et réalise plusieurs dizaines de marionnettes. 

   Klee enseigne au Bauhaus dans les années 1920 et est sensible aux réflexions constructivistes qui l'amènent à réfléchir sur les éléments formels modernistes, la rigidité des formes, qu'illustrent la grille ou la trame, visibles dans son oeuvre :

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Chemin principal et chemins secondaires, 1929

 

    Le peintre se tourne aussi vers le passé, explorant d'autres esthétiques lointaines issues des civilisations égyptiennes ou de la préhistoire, mêlant du sable à sa peinture, jouant sur les mosaïques, la terre, les entrecroisements de formes : 

 

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Umfangen ("Enlacé"), 1932

 

   Dans les années 1930, Klee dialogue esthétiquement avec Picasso, visitant la rétrospective qui lui est consacrée au Kunsthaus de Zurich en 1932, puis lui rendant visite dans son atelier en 1933, avant de l'accueillir à son tour chez lui à Berne en 1937. Leur échange est fait d'appropriation et d'opposition dans l'approche de la forme, des physionomies chères à Picasso. On peut retrouver cela par exemple dans La Belle Jardinière, en 1939 :

 

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   L'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933 vient donner à son oeuvre un infléchissement particulier, tout d'abord parce qu'il doit quitter l'Allemagne, son art étant bien entendu considéré comme "dégénéré" par les autorités, et ensuite parce qu'elle se retrouvent traduite par des lignes, des personnages marqués par la peur. Par ailleurs, une sclerodermie le prive peu à peu de la liberté de ses mouvements, ce qui influe sur le changement de son esthétique (traits plus larges, formats plus grands).

 

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Danses sous l'empire de la peur, 1938

 

    Pour terminer, j'aimerais seulement reproduire ici les oeuvres qui m'ont particulièrement marquée et touchée lors de l'exposition. Je ne saurais que trop vous conseiller de vous y rendre, l'ensemble est vraiment passionnant.

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Fin du dernier acte d'un drame, 1920

 

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L'homme aux larmes, 1923

 

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 Funambule - 1923

 

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 Plantes-horloges, 1924

 

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Ancient harmony, 1925

 

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 Non composé dans l'espace, 1929

  

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 Sauteur, 1930

 

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 L'esprit sur la tige, 1930

  

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 Masque peur, 1932

  

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 Explosion de peur III, 1939

 

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Fama, 1939

 

 

   Cet article est assez réduit, mais il y avait un fort contraste entre la pureté des tracés, des couleurs, l'émotion qui s'en dégageait, et la densité technique des grandes lignes esthétiques qui les conduisaient. J'ai préféré ici me concentrer sur les oeuvres que j'ai préférées que sur le discours qui les accompagnait, même si la restitution en est du coup très légère. J'ai hâte de lire l'article que Manon, de Forte tête sur talons hauts lui consacrera sans doute  (http://fortetetesurtalonshauts.blogspot.fr).

 

    Pour finir, une courte vidéo qui a le mérite de proposer une visite représentative de l'exposition :