enfants du paradis

J'aime beaucoup Enki Bilal, aussi chaque sortie d'une nouvelle bande-dessinée est-elle toujours attendue impatiemment.
Quand j'ai entendu parler des Fantômes du Louvre, le principe m'a tout de suite fait penser à celui d'Un Siècle d'amour : à partir d'un portrait, inventer l'histoire d'une vie.
Sauf qu'ici, le portrait ne sort pas directement de l'imagination du dessinateur, mais d'œuvres choisies dans les salles du Louvre. L'on croise donc la Joconde aussi bien que la Victoire de Samothrace, un Christ couché ou le buste antique d'un égyptien.

La BD m'avait plu, même si j'avais trouvé l'ensemble des histoires un peu répétitives à la longue, tant dans le dessin que dans la façon d'amorcer le récit.

J'ai néanmoins voulu prolonger ce moment par la visite de l'exposition au Louvre... bien mal m'en a pris !

Les vingt-deux œuvres retenues sont placées dans une salle sombre, dont les plafonds paraissent sales, les œuvres sont mal éclairées, par des lampes qui parviennent en même temps à éblouir suffisamment pour gêner la lecture. Il faut quand même le faire !
Les cartels ne précisent pas en détail quelle est l'œuvre originelle retravaillée, quant à la reproduction de l'œuvre d'origine sur laquelle a été peint le "fantôme", justement, elle semble vraiment grossière (bien qu'il soit précisé que les œuvres ont été retravaillées pour jouer sur les contrastes, la luminosité etc).

Le récit lui non plus n'était pas mis en valeur. Au lieu d'apparaître de façon linéaire, comme dans la BD, il se présente sous forme de liste d'événements, très factuelle et sèche, si bien que l'aspect répétitif que je pouvais déjà évoquer pour la bande-dessinée se trouve là totalement exacerbé.

Dans la mesure où l'exposition des vingt-deux dessins n'est pas suffisante en elle-même pour constituer une matière suffisamment dense (on en avait fait le tour en 30mn, pour 11€ !), on peut regretter que chaque œuvre n'ait pas été accompagnée d'une reproduction de l'œuvre originelle et de son analyse technique précise, de façon à mieux voir se mêler la part créative, imaginative de Bilal, et la façon dont elle a pu se greffer aux faits véritables qui entourèrent la conception de tel ou tel tableau.
Pas un instant je n'ai réussi à me laisser totalement emporter par ces récits. Peut-être parce que je les connaissais déjà par la bande-dessinée, mais plus sûrement parce que je me demandais sans cesse quelle part relevait de la pure fiction, et quelle part renvoyait à la véritable histoire de l'œuvre.
Il me semble qu'il aurait justement été intéressant de présenter aux visiteurs toute la matière qui avait permis d'aboutir à ces vingt-deux tableaux : œuvre originelle, histoire de l'œuvre, et travaux de Bilal (il avait fait 400 clichés d'oeuvres, pourquoi avoir retenu ces vingt-deux-là en particulier ?), lecture des récits... 

En fait, l'application pour smartphone proposée en téléchargement gratuit sur le site du Louvre (et qui donne à entendre la lecture des récits par Bilal, à voir directement Bilal à l'œuvre sur une de ses toiles, et à lire les cartels d'information) est plus complète que l'exposition (nonobstant le fait de voir les œuvres de Bilal "en vrai", bien entendu).
C'est consternant.

 

Quelques photos, malgré tout, parce qu'il reste que les peintures, elles, je les aime !

 

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Histoire d'Enheduana Arwi-A, d'après le Code de Hammurabi, roi de Babylone
(1792 - 1750 avant J.-C.)

 

 

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Histoire d'Hécube, d'après un casque de type corinthien (début du VIIème siècle avant J.C.)

 

 

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Histoire d'Arjuna Asegaff, d'après un détail du Retour de Marcus Sextus du Baron Pierre-Narcisse Guérin (1799)

 

 

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Histoire d'Aloyisias Alevratos, d'après La Victoire de Samothrace (vers 190 avant J.C.)